Recherche : « l’art et la beauté peuvent vraiment servir à la science »

Recherche : « l’art et la beauté peuvent vraiment servir à la science »

La Houle - Alexandre Darmon

L’art recherche la beauté et parle à l’émotion, la science recherche la vérité et parle à la raison mais « c’est par l’expérience que progressent la science et l’art », selon Aristote. Alexandre Darmon est le cofondateur de Art In Research, première galerie d’art dédiée à l’image scientifique. Cette semaine, Okay Doc revient sur la démarche originale de cette start-up créée en 2017 et son engagement à valoriser la recherche sous de nouvelles formes.

Pourquoi avoir créé “Art In Research” ? Comment vous est venue cette idée? 

AiR est né à Kyoto au Japon, après avoir montré mes photographies de cristaux liquides (l’objet de mon doctorat) à quelques amis que j’ai là-bas. Il leur est apparu comme une évidence que le public, peu familier avec la recherche scientifique, devait découvrir cette nouvelle facette des sciences, en l’occurrence sa beauté. Et même si l’idée ne m’était pas venue à l’époque, je m’étais déjà rendu compte pendant mon doctorat du pouvoir qu’avaient ces photographies sur l’imaginaire collectif. Elles présentaient un monde inconnu, merveilleux et onirique, et représentaient pour moi le moyen le plus efficace de parler de mes recherches.

Allier la photographie aux travaux de recherche, c’est une nouvelle manière de diffuser des savoirs scientifiques en laissant une place à l’esthétique. Mais doit-on (ré)concillier l’art et la science ? Pourquoi c’est si important aujourd’hui ? 

On les oppose souvent mais on a souvent vu naître à travers l’histoire, et encore plus ces dernières années, des collaborations fructueuses entre les deux disciplines. Il m’a toujours semblé important de les rapprocher car l’art peut vraiment servir la science. L’art parle au cœur de tout le monde alors que la science, malgré le travail d’excellents vulgarisateurs, est encore trop souvent considérée comme inaccessible. Utiliser le prisme de la beauté pour parler de recherche m’apparaît comme une évidence.

Océan Nématique
Océan Nématique – Alexandre Darmon

Après votre doctorat en Physique, vous êtes devenu galeriste de chercheurs-artistes. Quelles compétences votre doctorat vous a-t-il aidé à développer ? Comment les mobilisez-vous aujourd’hui ?

Mon doctorat m’a énormément appris, d’un point de vue technique d’abord puisque c’est à ce moment-là que j’ai pu parfaire mes connaissances en microscopie. Et d’un point de vue organisationnel d’autre part, car lorsqu’on crée son entreprise, on a devant soi un grand vide, où il faut tout construire, sur plusieurs années, un peu comme un doctorat finalement.

En France, les chercheurs subissent trop souvent des stéréotypes négatifs. Vous avez réalisé une partie de vos études à l’étranger, est-ce différent dans les pays anglo-saxons ? 

Je pense qu’il y a effectivement une reconnaissance plus importante du métier de chercheur dans ces pays, aux États-Unis notamment. En France, il faut travailler encore davantage à faire connaître nos chercheurs, leurs travaux, leur personnalité aussi, car la recherche est un monde à part qui mérite vraiment d’être valorisé. À notre petite échelle, c’est ce que nous essayons de faire.

Léonard De Vinci a influencé l’humanité en combinant l’art et la science. Est-ce un challenge pour la communauté scientifique ? Avez-vous des exemples en tête? 

J’en ai beaucoup ! Dans la photographie par exemple, beaucoup ont mélangé art et science : Berenice Abbott, Harold « Papa Flash » Edgerton, Etienne-Jules Marey, etc. Je pense que le challenge réside dans le fait de communiquer davantage sur les initiatives à la frontière entre art et science. Car il y en a beaucoup, il suffirait simplement qu’elles soient davantage mises en avant.

Finalement, si vous deviez en donner un conseil à un jeune chercheur qui souhaiterait diffuser ses travaux auprès du grand public, quel serait-il ?

De participer à un maximum d’évènements de vulgarisation scientifique, ou d’utiliser les réseaux sociaux car certains comptes Instagram ou chaines Youtube dédiés à la science ont parfois des millions de followers ! Et enfin de nous envoyer quelques photos 🙂

Cette rencontre de l’esthétique sous toutes ses formes et de la science contemporaine est dorénavant une réalité. Nous pouvons citer la Scène Nationale de l’Hexagone à Grenoble qui à pour vocation de mettre en avant l’art science depuis près de quinze ans. Art et science se côtoient, se nourrissent l’un de l’autre. La science au service de l’art, l’art au service de la science.



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