Rapport d’enquête RNCD : « lever des préjugés sur le doctorat »

Rapport d’enquête RNCD : « lever des préjugés sur le doctorat »

doctorat

Sylvie Pommier est docteure en mécanique et vice-présidente adjointe chargée du doctorat à l’université Paris-Saclay. En 2021, elle a participé à la rédaction du rapport d’enquête RNCD « Le doctorat en France Regards croisés sur la formation doctorale ».

Pouvez-vous vous présenter (parcours doctoral…) ?

Mon parcours de 3ème cycle a commencé par un stage de DEA à Birmingham à l’IRC en 1992, puis un doctorat en convention CIFRE entre l’entreprise Snecma (aujourd’hui Safran Aircraft Engines) et l’Ecole Centrale Paris (aujourd’hui CentraleSupelec) sur un sujet en lien avec la prévision du risque de rupture et de la durée de vie de composants critiques de réacteurs d’avions. J’ai ensuite, après une année de post-doc, occupé une position d’enseignante-chercheuse (sur contrat de mission de 5 ans renouvelable) à l’école Centrale où j’ai préparé mon HDR, sur des questions de fissuration et rupture, que j’ai obtenue en 2002 avant de rejoindre l’ENS Cachan (aujourd’hui ENS Paris-Saclay) en tant que professeure en 2003.

J’ai ensuite porté diverses responsabilités au sein de l’ENS (notamment la responsabilité d’un master, puis de l’école doctorale de site de l’ENS, puis la vice présidente recherche de l’ENS) avant de participer à la création de l’université Paris-Saclay (ComUE) et en particulier du doctorat commun, en tant que chargée de mission puis directrice du collège doctoral. Je suis actuellement vice-présidente adjointe chargée du doctorat à l’université Paris-Saclay.

Quelles sont vos missions en tant que Vice-présidente adjointe chargée du doctorat au sein de l’Université Paris-Saclay ?

J’ai d’abord la mission d’assurer, par délégation de la présidente de l’université Paris-Saclay, le suivi et les prises de décisions courantes relevant de la présidence de l’université sur les dossiers individuels d’inscription, de ré-inscription, de soutenance et divers autres sujets de ce type. Avec 4500 doctorants et un millier de soutenances par an, c’est un sujet en soi.

Par ailleurs, j’ai des missions « politiques », au sens où il s’agit de définir et d’organiser le suivi de la mise en oeuvre de la politique doctorale de l’université en lien avec les communautés concernées, la vice-présidence recherche et la présidence de l’université et représenter l’université pour les questions relevant du doctorat, dans les instances de l’université, comme à l’extérieur, aux niveaux national ou international. Cette année, par exemple, le gros chantier a été l’amélioration du processus de recrutement des nouveaux doctorants et de l’attribution des activités complémentaires.

Enfin, j’ai pour mission de contribuer à faire du doctorat de l’Université Paris-Saclay un diplôme phare, qui participe à la renommée et à l’attractivité nationale et internationale de l’université, qui puisse être valorisé par les docteurs et bénéficier d’un haut niveau de reconnaissance par ceux qui feront appel à leurs compétences et à leur expertise en France et à l’étranger. Sur ce volet, il est essentiel de travailler de concert avec les autres universités françaises (au sein du RNCD), avec les associations nationales de doctorants et docteurs et avec les organisations représentant les entreprises ou assurant un lien avec les entreprises (par ex. ABG, ANRT).

Qu’est-ce qui a enclenché et motivé la rédaction du rapport d’enquête RNCD « Le doctorat en France Regards croisés sur la formation doctorale » ?

Beaucoup d’établissements réalisaient des enquêtes auprès de leurs doctorants. C’est d’ailleurs demandé dans l’arrêté de 2016 et cela fait partie des pratiques d’autoévaluation pour l’amélioration continue sur lesquelles nous sommes évalués par l’HCERES. Nous réalisions ainsi des enquêtes annuelles depuis 2016 à l’université Paris-Saclay, dont nous avons fait évoluer le questionnaire au fil du temps, pour avoir un retour des doctorants et des encadrants sur le fonctionnement des formations doctorales, pour faire un diagnostic des difficultés et agir là où il faut, et pour suivre la mise en application et le niveau de satisfaction. Par exemple : depuis 2016, l’enquête a permis de suivre la mise en place des comités de suivi, voir s’ils répondaient aux attentes et s’ils étaient vraiment mis en place partout. Cela nous a conduits à adapter le cadre et proposer un guide du comité de suivi en 2020).

Nous croisons aussi les questions aux doctorants et aux encadrants pour que les encadrants aient un retour du terrain, qui permette de valoriser les bonnes pratiques en matière d’encadrement doctoral et aussi de stigmatiser les mauvaises, à partir de l’avis des premiers concernés. Enfin, l’ambition était aussi d’utiliser l’enquête pour améliorer la reconnaissance du doctorat en en donnant une vision actualisée pour lever des préjugés encore très présents sur ce qu’est le doctorat, sa fonction dans la société, la manière dont sont recrutés, encadrés et formés les doctorants et faire connaître ce que sont les activités, les rôles et responsabilités des doctorants et de leurs encadrants. Mais si l’on veut pouvoir agir sur la reconnaissance du doctorat, cela doit être fait au niveau national.

De plus, la mutualisation au niveau du RNCD permet de partager le travail et d’augmenter le nombre de répondant, la visibilité et l’impact des résultats. Cela faisait donc partie des projets du RNCD, mais cela a pris un caractère urgent en 2021, du fait de la concertation à venir sur la révision de l’arrêté de 2016. Nous avons souhaité pouvoir contribuer à la concertation avec des retours du terrain solidement étayés sur les sujets comme l’admission en doctorat, le financement des doctorants, les comités de suivi, l’encadrement doctoral et la poursuite de carrière. 

👉 Consulter le rapport ici !

Comment avez-vous procédé pour enquêter sur le doctorat en France ?

Au sein du RNCD nous avons formé un petit groupe de travail pour améliorer le questionnaire et sa traduction en anglais, puis pour analyser les résultats, écrire le rapport et développer l’interface dynamique de consultation en ligne des données et ses déclinaisons destinées à chaque collège doctoral participant (échantillon restreint). Chaque collège doctoral a relayé le lien vers le questionnaire et le code d’accès auprès de ses écoles doctorales, France Université et le MESR ont également relayé l’enquête auprès des écoles doctorales.

Ceci nous a permis de collecter plus de 11500 réponses de doctorants et 5800 réponses d’encadrants au niveau national. Dans un cadre d’anonymat complet, mais en maîtrisant davantage qui pouvait répondre du fait des canaux de diffusion utilisé (doctorants effectivement inscrits en doctorat en 2021 et encadrants de ces doctorants).  Le questionnaire, qui était long et abordait un grand nombre de questions, a également été conçu pour limiter les biais d’enrôlement qui peuvent perturber les résultats lorsque l’enquête porte sur un sujet très spécifique.

Pourquoi ce rapport est-il fondamental ?

Déjà, c’est la première fois qu’une enquête de ce type a été réalisée au niveau national, mais nous avions tous déjà une expérience locale et des retours d’autres universités en Europe, le questionnaire était donc assez mature, même si nous avons noté quelques points d’amélioration. Ensuite nous avons eu un très grand nombre de réponses qui nous a permis de pousser les analyses assez loin en croisant les données de diverses manières avec des statistiques restant significatives (ce qui aurait été beaucoup plus difficile à l’échelle d’un seul établissement).

Je vous invite à lire le rapport et à explorer les données à l’aide de l’interface en ligne, vous verrez que cela dresse un portrait à la fois très complet et parfois très différent des images d’Epinal sur le doctorat. Cela nous a permis aussi de mettre en avant douze principaux faits marquants et recommandations pour améliorer les pratiques, les conditions et l’offre de formation doctorale.

Si vous deviez citer 3 choses à retenir de ce rapport, qu’elles seraient-elles ?

Je citerai les 3 faits marquants et positifs que nous avons mis en avant, mais cela ne doit pas occulter les sujets sur lesquels le diagnitic est moins rose et qui font l’objet de recommandations pour améliorer les choses.

1. Le caractère central du doctorat pour la recherche française. Illustré par un statistique phare : 72% des 5831 encadrants qui ont répondu à l’enquête, tous domaines confondus et jusqu’à 85% dans le domaine des sciences et technologies, estiment qu’entre la moitié et jusqu’à la totalité des productions scientifiques, dont ils ont été co-auteurs dans les 5 dernières années, sont associées à un projet doctoral. 

2. Le haut niveau de satisfaction exprimé par les 11545 doctorants qui ont répondu, anonymement, à l’enquête. 68% des doctorants estiment que leur expérience correspond à leurs attentes et à leur vision du doctorat (21% se déclarent très satisfaits, 47% satisfaits, 22% neutres, 8% insatisfaits et 3% très insatisfaits). 78% des doctorants, tous domaines confondus, sont très satisfaits (48%) ou satisfaits (30%) de leur encadrement doctoral, les autres étant neutres (11%), insatisfaits (7%) ou très insatisfaits (4%) ;

3. L’importance du travail en équipe en doctorat. La pratique du co-encadrement concerne plus de 70% des doctorants dans leurs 3 premières années et est appréciée des doctorants, pourvu que les membres de l’équipe s’entendent et se coordonnent bien. Réciproquement, 85% des doctorants dont le directeur de thèse dirige de 1 à 5 doctorants estiment qu’être regroupé est un avantage, en permettant de former une équipe et de s’entraider. Au-delà de 5 doctorants, 39% estiment que c’est un inconvénient du fait d’un manque de disponibilité de leur directeur de thèse. Le nombre médian de doctorants par directeur de thèse est de 2,12% des doctorants ont un directeur de thèse qui dirige plus de 5 doctorants et 21% sont seuls. 


Par Léo Olivieri, journaliste web et responsable de la newsletter Back To Science chez Okay Doc.



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