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Journée mondiale de la Terre : « les dirigeants ne prennent pas suffisamment la mesure des enjeux environnementaux »

Journée mondiale de la Terre : « les dirigeants ne prennent pas suffisamment la mesure des enjeux environnementaux »

La nature souffre et nous envoie des signaux forts, que nous ne pouvons plus négliger. A l’occasion de la journée mondiale de la Terre, Okay Doc interroge Stéphane Ogé, l’un de ses experts, sur les enjeux environnementaux actuels et sur les solutions qui peuvent sauver notre planète.

Tout d’abord, pourriez-vous vous présenter et nous décrire votre parcours ?

Je suis ingénieur en génie civil et urbanisme de l’INSA de Lyon. J’ai également un master en sociologie de l’institut d’urbanisme de Lyon. J’ai ensuite réalisé un doctorat CIFRE en écologie industrielle et territoriale (EIT). J’ai principalement travaillé avec des entreprises des secteurs de l’industrie lourde (acier, ciment, pétrochimie, etc.) afin d’étudier la viabilité au sens large (économique, environnementale, sociale, territoriale) de synergies éco-industrielles (valorisation d’un déchet de l’un comme matière première de l’autre). J’ai également travaillé sur le développement d’une start-up dans le domaine de l’EIT, mené des études de conseils sur des outils logiciels favorisant l’EIT, donné des cours à l’université et réalisé des formations.

Je suis aujourd’hui salarié de Lacoste et suis en charge du développement et de la mise en œuvre d’une stratégie de recyclage à l’échelle globale.

Selon vous, quels sont les principaux enjeux environnementaux à court et à long terme ?

A court terme, je dirais pour être synthétique : les effets du changement climatique sur les modes de vie, d’agriculture, les impacts sanitaires négatifs (pollution des cours d’eau, de l’air, des sols), la réduction de la biodiversité terrestre et marine, la compétition croissante pour l’accès à certaines matières premières (énergies fossiles, coton, palmier à huile, etc.).

A long terme, une aggravation croissante de ces différents enjeux : des vagues de migrations massives, des famines, des révoltes contre les conditions de vie entrainant tensions et grèves, les impacts sanitaires négatifs (pollution des cours d’eau, de l’air, des sols), la triste disparition de nombreuses espèces végétales et animales, de paysages, de la beauté de la nature, une aggravation des inégalités entre ceux qui possèdent et les autres.

Quel est le rôle des entreprises dans la lutte contre les enjeux environnementaux mentionnés au-dessus ?

Les entreprises ont un rôle à part entier – bien évidemment – mais tout comme les individus et les gouvernements. Il ne s’agit pas de taper sur ces acteurs pour se déresponsabiliser de nos actions individuelles qui sont également hautement nécessaires.

Selon moi, le rôle de l’entreprise est double. D’une part, car c’est un groupe social dans lequel des valeurs sociales, environnementales, éthiques sont créées et entretenues. L’entreprise est donc un lieu qui façonne les comportements individuels, pouvant donc être néfastes, ou au contraire bénéfiques pour les enjeux environnementaux en fonction de la culture d’entreprise. En ce sens, je vois l’entreprise comme un potentiel accélérateur, disséminateur de changement comportemental.

D’autre part, l’entreprise est évidemment un outil de production (je parlerai plutôt des entreprises manufacturières que je connais mieux, mais le discours s’applique à toute entreprise). Seulement il existe une infinité de mode de production qui sont plus ou moins durables en fonction des paramètres : conception (choix des matériaux, donner la possibilité de démonter, de recycler, etc.), production (efficacité d’usage de la matière et de l’énergie, gestion des déchets, etc.), distribution (mode de transport, pousser à la consommation de masse, etc.), de responsabilité (action pour gérer la fin de vie de mes produits, pour adoucir mes externalités sociales et environnementales négatives). Chaque entreprise a donc un rôle important pour produire des produits ou services en étant le plus responsable possible. Cependant, le consommateur est lui aussi responsable de ses achats, de la quantité des achats qu’il fait, et les gouvernements sont responsables d’assurer la bonne information des consommateurs et pour orienter les pratiques des entreprises.

Quelles sont les mesures préconisées par la recherche scientifique pour lutter contre le réchauffement climatique ?

Je vais parler uniquement dans mon domaine car je ne peux pas couvrir cette question à moi seul. Dans ma thèse, je préconise le développement de l’économie circulaire et de l’EIT sous certaines conditions, en s’assurant que ces démarches créent plus de valeurs (économiques, environnementales, sociales, territoriales) que ce qu’elles n’en détruisent. Cela nécessite donc la création et le déploiement d’outils d’évaluation et de monitoring des projets industriels. Ces outils d’évaluation pourraient également être utilisés pour octroyer des financements publics (e.g. X k€ = f(performance environnementale)). Je préconiserai également une relocalisation et une territorialisation de systèmes industriels denses pour : optimiser l’usage de matière et d’énergie à l’échelle du système en favorisant l’usage matière et énergie et la valorisation des déchets, augmenter leur résilience grâce à la création de nombreux liens, réduire la dépendance en approvisionnements extérieurs. Enfin, je préconiserai des outils pour favoriser l’identification de synergies éco-industrielles entre les acteurs industriels.

Les scientifiques sont-ils assez écoutés par les dirigeants par rapport à leurs recommandations ? Si non, pourquoi ?

J’ai eu l’occasion de travailler à plusieurs reprises avec l’ADEME ou la Commission Européenne dans différents projets de recherche. Il y a donc une certaine écoute de leur part puisque nos travaux permettent d’orienter des stratégies industrielles notamment. 

Il est en revanche évident qu’à plus haut niveau, les dirigeants ne prennent pas suffisamment la mesure des enjeux environnementaux (cf. Réaction aux rapports du GIEC, faible action après cop21). Mais cela dépend des pays, des personnes dirigeantes, etc.

Pour répondre au pourquoi, je dirais : la radicalité des changements qui sont prônés par les scientifiques et qui auraient des effets très importants sur le fonctionnement de notre société et qui requièrent donc un vrai courage politique, les pressions sociales (cf. réactions des gilets jaunes vis-à-vis de la taxe carbone), le langage différent utilisé entre scientifiques et dirigeants (les scientifiques sont parfois dans leur bulle, les dirigeants dans la leur).

Selon vous, l’innovation est-elle la clé pour sauver notre planète de manière durable ?

Je dirais un mix de innovation technologique, innovation sociale et organisationnelle et responsabilisation et changements de comportements individuels.

A propos de Okay Doc

Face à l’intensification de la concurrence internationale pour les meilleurs talents et à la difficulté pour les entreprises d’identifier les chercheurs, Okay Doc est devenu le premier cabinet de conseil et de recherche dédié à la transformation des organisations à partir de l’expertise des chercheurs sensibilisés aux problématiques des entreprises dans différents domaines : la e-santé, les sciences humaines et sociales, l’intelligence artificielle, la data science, les sciences du vivant et des matériaux. Notre expérience nous permet d’offrir un service clé en main : sourcer, sélectionner et coordonner les chercheurs dans différentes disciplines pour réaliser un état des lieux de vos problématiques et les résoudre en s’appuyant sur l’expérience et des méthodologies universitaires innovantes.

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