Entrepreneuriat : « Les aspects business, propriété industrielle et légaux sont aussi importants que la science »

Entrepreneuriat : « Les aspects business, propriété industrielle et légaux sont aussi importants que la science »

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Jérôme Braudeau est docteur en neurosciences et co-fondateur de l’entreprise AgenT, spécialisée dans l’innovation des techniques d’appréhension de la maladie d’Alzheimer. Pour Okay Doc, il nous explique comment combiner le statut de chercheur avec celui d’entrepreneur.

Dans quel domaine d’activité travaillez-vous ?

Je travaille dans le domaine des biotechs/medtechs et en particulier dans le domaine des maladies neuro-évolutives.  

Pouvez-vous résumer votre parcours de thèse ?

Docteur en neurosciences depuis 2006 (Hôpital Henri Mondor, Université Paris XII), je me suis spécialisé en pharmacologie préclinique notamment sur les pathologies neuro-évolutives en exerçant mes activités de chercheur dans des entreprises publiques telles que l’INSERM et le CNRS, mais aussi privées : THERAPTOSIS, CEA et AgenT.

Quel a été l’objet de vos principales recherches ?

J’ai, depuis plus de 15 ans, caractérisé des approches thérapeutiques pour le traitement de maladies neuro-évolutives (AVC, trisomie 21 et maladie d’Alzheimer). Entre 2011 et 2016, j’ai développé le premier modèle animal qui reproduit fidèlement la progression clinique de la maladie d’Alzheimer et en particulier la phase pré-démentielle. Basé sur une approche par transfert de gènes, ce modèle animal a été breveté puis publié dans un journal à comité de lecture (Audrain et al, 2017). Ce modèle a pu ensuite servir de première brique technologique utilisée au sein d’AgenT.

En 2018 vous créez AgenT, quel est votre rôle au sein de l’entreprise et en quoi consiste-elle ?

En 2018, j’ai créé AgenT avec Baptiste Billoir (HEC Paris) pour accélérer le développement d’un diagnostic sanguin pour les patients atteints de la maladie d’Alzheimer, dès la phase asymptomatique, soit jusqu’à 20 ans avant les symptômes démentiels. Je suis responsable des aspects techniques et de la vision scientifique impliqués dans le développement de notre solution. 

Pourquoi ce choix de l’entrepreneuriat ?

Le choix de créer un véhicule privé pour mener à bien le développement de notre solution diagnostique s’est ainsi naturellement imposé. En effet, le mode de fonctionnement inhérente aux structures publiques présente un certain nombre de limitations rendant plus complexe le développement rapide de produits utilisables par les patients. 

Quels conseils donneriez-vous à un chercheur souhaitant créer sa propre boite et découvrir le statut d’entrepreneur ?              

Le premier conseil serait bien évidemment de se lancer et de franchir l’étape à partir de laquelle il est impossible de revenir en arrière. Le second conseil serait de ne pas le faire trop tôt, contrairement à certains autres domaines d’activités, les sociétés biotech doivent se baser sur des concepts scientifiques solides et disruptifs. Les concepts scientifiques disruptifs se développent souvent avec l’expérience personnelle.

Mon dernier conseil : la science est une condition sine qua none à la réussite d’une biotech mais cela ne fait pas tout. Les aspects business, propriété industrielle et légaux sont tout aussi importants. Il est donc judicieux de constituer, dès le début de l’aventure entrepreneuriale, une combinaison de fondateurs avec des compétences complémentaires qui couvrent l’ensemble de ces aspects.

Si vous deviez faire un état des lieux de la recherche en France actuellement, qu’en serait-il ? Quelles seraient les pistes à suivre pour l’améliorer ?

Une des problématiques majeures de la recherche en France et en Europe, en particulier pour les startups, serait un état d’esprit bridé par une aversion aux risques d’origine culturelle. Or, les solutions qui révolutionneront le quotidien des patients sont, à leur origine, risquées. Il faudrait stimuler l’ambition des sociétés de biotechnologie à développer des produits de rupture mais également le soutien gouvernemental et des structures de financement pour favoriser l’émergence des solutions médicales de demain.

L’exemple du vaccin à ARN contre la COVID-19 constitue un exemple parlant de cette aversion aux risques et leur conséquence sur la souveraineté de la France d’un point de vue pharmaceutique. Les États, les sociétés de biotechnologie et les structures de financement qui ont parié sur la réussite du développement de vaccins de nouvelle génération (la technologie des vaccins à ARN) ont permis la mise sur le marché d’un vaccin dans des temps records. Ce choix n’a malheureusement pas été fait en France, ce qui oblige maintenant l’état Français à acheter ces vaccins à des sociétés majoritairement Américaines.


Par Léo Olivieri, journaliste web et responsable de la newsletter Back To Science chez Okay Doc.


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