Chercheurs en entreprises : quel bilan pour la France ?

Chercheurs en entreprises : quel bilan pour la France ?

Chercheurs en entreprises : quelle situation en France ?

Longtemps considérée comme l’un des pays les plus innovants, grâce à la qualité de sa recherche et de ses grandes industries, la France peine dorénavant à se distinguer dans la course internationale. Les sujets innovants sont pourtant là, portés par des milliers de docteurs talentueux qui ont développé une expertise tout au long de leurs travaux de thèse à l’université. C’est avec cette approche qu’a été lancée la plateforme OkayDoc.fr. En effet, le diplôme du doctorat, internationalement reconnu, représente une véritable plus-value le plus souvent inexploitée en France. Il est urgent de valoriser l’expertise des chercheurs en entreprise si l’on souhaite continuer à produire et innover dans notre pays.

Recrutement de chercheurs : la course internationale aux talents 

La France dispose de nombreux atouts à même d’encourager l’innovation. Néanmoins, force est de constater que dans un contexte de compétition internationale accrue, elle perd de la vitesse face à des pays comme les États-Unis, l’Allemagne, le Japon ou encore la Chine (où les dépenses en recherche et développement représentent respectivement 2,84%, 3,09%, 3,26%, 2,19% du PIB contre 2,2% pour la France). 

Nous n’avons jamais été dans une situation aussi paradoxale : d’une part, les entreprises et les organisations françaises ont plus que jamais besoin d’innover et, d’autre part, le doctorat est toujours aussi dévalorisé en France. Selon des chiffres de l’Enseignement supérieur et de la Recherche en France publiés en avril 2017, plus de la moitié des chercheurs en entreprise sont issus d’une école d’ingénieurs.

Les titulaires d’un doctorat ne représentent que 12 % des chercheurs et près d’un quart d’entre eux exerce dans une discipline de santé. En outre, parmi les docteurs hors disciplines de santé, 28 % ont effectué leur doctorat après une école d’ingénieur ce qui renforce le poids de cette filière. Pourtant, il s’agit du diplôme le plus élevé au niveau international et il sanctionne nombre de savoirs et de compétences en mesure d’apporter de réels atouts dans une compétition mondiale. Pire, le nombre de docteurs formés diminue depuis quelques années face au peu d’attrait que revêt le doctorat en France et aux débouchés incertains.

Malgré un nombre de scientifiques important, la dépense par chercheur a diminué de 8,85 % entre 2014 et 2018 en France, pays très tourné vers les sciences dites dures (60 % des doctorats) mais qui peine à attirer et retenir les talents.

Les compétences acquises par les chercheurs lors d’un doctorat au service des entreprises

« Si nous voulons garantir à nos citoyens pour aujourd’hui comme pour demain que l’idée que nous nous faisons de l’humain, du respect de la vie privée, de la dignité du corps, de tout ce que la bioéthique, la métaphysique ou la philosophie politique nous conduiront à penser de ce monde qui advient, si nous voulons être en capacité de dire et de régir un peu de ce cours du monde il nous faut être au cœur de son invention et de sa transformation.

Nous ne ferons pas l’éthique de demain si nous ne sommes pas au cœur de la science et de la technique de demain. », extrait du discours du Président de la République, Emmanuel Macron, à CentraleSupélec le 25 octobre 2017. On le sait aujourd’hui, le recrutement par les entreprises de profils tournés vers la recherche et l’innovation est un défi majeur pour le développement et la qualité de la R&D française, afin de la rendre plus compétitive sur les plans européen et international.

Non seulement le doctorat octroie des compétences scientifiques spécifiques à un domaine de recherche, mais il récompense aussi des compétences en communication, des compétences relationnelles, des compétences de management, de direction d’équipe, de gestion de projet, d’adaptation et d’innovation.

Les titulaires d’un doctorat présentent des qualités qui devraient être prisées par les entreprises. La rigueur, l’ouverture d’esprit, la force de persuasion en font partie. S’y ajoutent d’autres qualités, parfois méconnues, telles que la résistance au stress, la capacité à mener à bien des projets à long terme, à collaborer, ou encore à travailler en pleine autonomie. (v. l’étude « Compétences et employabilité des docteurs », publiée par B. Durette, M. Fournier et M. Lafon en janvier 2012).

Ces qualités rares font que la formation acquise par un jeune docteur se révèle être en parfaite adéquation avec les besoins des entreprises et qui nous interpellent sur leur place paradoxale dans la société.

« Un docteur n’est pas juste un savant, c’est aussi et peut-être avant tout un talent qui sait réagir et construire avec méthode face à l’inconnu. Les docteurs sont la force scientifique de notre pays, et c’est une force opérationnelle, qui a vocation à irriguer toute la société pour mieux la transformer. »  Frédérique Vidal, Journée nationale du doctorat, 27 mars 2018, Paris La Sorbonne.

Les ingénieurs préférés à l’expertise des chercheurs en entreprise

Pourquoi les entreprises françaises privilégient-elles uniquement les ingénieurs et les diplômés des grandes écoles quand les entreprises de la Silicon Valley embauchent des docteurs dans tous les domaines ? Dans une économie de la connaissance, la différence entre les entreprises se fait par la recherche et l’innovation.

Aussi, face à une compétitivité croissante, les doctorants sont au cœur du processus européen de l’enseignement supérieur et de la recherche. Alors que nous devrions former plus de doctorants, nous ne sommes même pas capables de pourvoir des emplois aux docteurs en France.

Selon le Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Cereq), le taux de chômage des docteurs avoisine aujourd’hui 10 %. C’est trois fois plus qu’en Allemagne, qu’au Royaume-Uni ou aux États-Unis, qui forment pourtant davantage de docteurs que la France. La préférence donnée aux ingénieurs pour les postes de recherche pèse sur l’insertion professionnelle des docteurs.

55% des chercheurs en entreprise sont issus d’une école d’ingénieurs et seulement 12% sont titulaires d’un doctorat. (Lemistre P. (2014), Déclassement et chômage : une dégradation pour les plus diplômés ?, Céreq, Net.Doc, n° 123, mai).

Il convient de rappeler que ce qui sanctionne un doctorat, c’est bien entendu un mémoire de thèse (c’est-à-dire un travail mesurant plusieurs centaines de pages sur un sujet précis et nouveau permettant d’avoir une certaine autorité en la matière), mais aussi la participation à des événements scientifiques internationaux et la rédaction d’articles pour des revues à comité de lecture. Ce n’est pas un manque de modestie que de le signaler. 

chercheurs en entreprise à l'étranger

À l’étranger, la confiance est mieux accordée aux chercheurs en entreprises

La France est mondialement reconnue pour l’excellence de sa recherche, mais de nombreux chercheurs français choisissent de partir faire carrière à l’international sans jamais revenir en France. Les raisons de leur départ : le peu de perspectives d’évolutions professionnelles et salariales dans la recherche publique et la rigidité des parcours entre recherche privée et publique. 

Pour favoriser les transferts de connaissances entre les pôles de recherche académique et privée, les jeunes docteurs doivent occuper un rôle central dans la diffusion de la production scientifique. Pourtant on constate le contraire avec l’exode des docteurs formés en France.

Les inscriptions en doctorat sont en berne ces dernières années, la forte représentation des docteurs étrangers au sein de la population des docteurs (41% sont étrangers) mais aussi le nombre de mobilités à l’étranger des docteurs français après leur thèse illustrent les difficultés rencontrées par les docteurs en France. L’émigration reste l’une des voies les plus prisées par nos jeunes chercheurs formés initialement en France.

Illustration avec la récente prix Nobel d’économie Esther Duflo, normalienne émigrée aux États-Unis et diplômée du prestigieux MIT, dont on s’est enorgueillie de la nationalité. Pourtant, sa carrière de chercheuse s’est faite à l’étranger. Autre fait, que près de deux tiers des doctorants en sciences humaines et sociales n’obtiennent pas de rémunération pour réaliser le doctorat.

Ils doivent ainsi se résigner à la précarité et aux jobs étudiants, et jonglent ainsi entre recherches de financements et recherches universitaires. De nombreux doctorants sont contraints de vivre sous le seuil de pauvreté pour aller au bout de leurs travaux de thèse.

Il faut adapter la formation doctorale à la société

La monodisciplinarité de la formation, du recrutement et de la progression des carrières des universitaires, ainsi que l’éloignement des campus les uns des autres n’encouragent pas l’échange entre les disciplines ni même avec les entreprises. Si ces défauts originels s’expliquent par l’histoire et l’organisation du système universitaire, il est indispensable de les corriger.

Alors que les docteurs trouvent désormais des débouchés à pourcentage presque égal entre le monde académique et le secteur privé, le système universitaire continue de préparer uniquement ses chercheurs à l’entrée dans le marché réduit et sélectif de l’enseignement et la recherche.

La finalité des années doctorales est l’appropriation et la maîtrise des normes et des codes universitaires. Cette tendance est un passeport pour le chômage des docteurs alors que depuis quelques années, le nombre de postes de titulaires au sein des universités ne cesse de diminuer.

Les docteurs ne peuvent même plus se tourner vers l’enseignement ou la haute fonction publique, étant données le peu de passerelles existantes. Combien de docteurs devront enseigner en tant que contractuels de la fonction publique, alors même que leur diplôme les préfigure (au moins dans l’imaginaire collectif) à « enseigner » (docere) ? 

…Et ouvrir la société aux avancées scientifiques

À l’heure où le numérique décloisonne les sphères personnelles et professionnelles et atomise les frontières entre l’entreprise et la recherche, les universités doivent, si elles souhaitent attirer de nouveaux talents, s’ouvrir au monde de l’entreprise. Dans une perspective de développement de la professionnalisation de la formation doctorale, la participation à des projets de recherche, des séminaires en entreprise, la valorisation scientifique, ou la participation à des missions en entreprises doivent cesser d’être des tabous.

La participation des docteurs à des dispositifs en lien avec l’entreprise pourrait favoriser une insertion professionnelle de qualité en lien avec les compétences développées pendant les années de thèse. Pour favoriser cette transition entre deux mondes, il faut créer un environnement propice à l’échange et à la confiance mutuelle. Il est essentiel de faciliter le passage entre le monde universitaire et l’entreprise.

Il est par exemple possible de valoriser des missions courtes de chercheurs en entreprise à l’instar du modèle du doctorant-conseil avec des missions d’expertise en entreprise réalisées par un jeune chercheur en lien avec ses travaux. Le chemin de l’un vers l’autre ne doit pas non plus être à sens unique comme c’est trop souvent le cas. Il faut également multiplier les interventions croisées et les partenariats de professionnels de la recherche dans les entreprises et dans les universités. 


Par Yann-Maël Larher, docteur en droit du travail et cofondateur d’Okay Doc.



À propos de Okay Doc

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